La voie verte : un patrimoine ferroviaire au service de la nature

Entre Lescar et Pau, une ancienne voie ferrée a connu une métamorphose exemplaire. Désaffectée dans les années 1980 avec le déclin du trafic ferroviaire local, la ligne a été progressivement réhabilitée par le Conseil Départemental des Pyrénées-Atlantiques en voie verte — cet ensemble d’infrastructures en site propre, séparées de la circulation motorisée, réservées aux modes de déplacement doux : marche à pied, vélo, roller, fauteuil roulant.

Cette voie verte constitue aujourd’hui l’un des atouts majeurs de la valorisation de la rivière gave de Pau dans le secteur nord-ouest de l’agglomération paloise. Elle suit le tracé de l’ancienne emprise ferroviaire, tantôt au plus près des berges du gave, tantôt en légère surélévation sur les remblais d’origine. Le résultat est un corridor naturel et paysager d’une qualité rare, à quelques minutes du cœur urbain de Pau.

Infos pratiques

Distance : 8 km (Lescar centre → Pau gare) — ou 12 km en incluant la variante jusqu’au pont du Jurançon Dénivelé : quasi nul (tracé ferroviaire), 15 m maximum Durée à pied : 1 h 45 à 2 h 30 selon le rythme Durée à vélo : 30 à 45 min Accessibilité : PMR sur l’ensemble du tracé Lescar–Pau (revêtement stabilisé compacté, pente ≤ 3 %) Point de départ Lescar : parking de la cathédrale Notre-Dame de Lescar Point d’arrivée Pau : parking vélos gare de Pau ou berges du gave Accès voiture : parking Lescar (gratuit, place de la cathédrale) ou parking Pau-gare Accès transport en commun : réseau IDELIS ligne A depuis Pau ; navette Lescar depuis gare de Pau

Le départ depuis Lescar : la cité épiscopale

La voie verte prend son départ dans la vieille ville de Lescar, dont le passé historique mérite à lui seul une demi-journée d’exploration. Ancienne capitale épiscopale du Béarn, Lescar conserve une cathédrale romane du XIIe siècle qui abrite les tombeaux de plusieurs rois de Navarre — dont Marguerite de Navarre, grand-mère d’Henri IV. La mosaïque du chœur, représentant une scène de chasse au cerf avec un chasseur unijambiste, est l’une des curiosités artistiques les plus remarquables des Pyrénées-Atlantiques.

Pour découvrir l’histoire de cette cité médiévale et de son rôle dans le Béarn historique, la page Lescar, cité historique du Béarn offre une introduction complète à ce patrimoine exceptionnel.

Les premiers kilomètres : entre urbanité et nature

En quittant le centre historique de Lescar, la voie verte descend rapidement vers les berges du gave. Les premières centaines de mètres longent des jardins privés avant d’atteindre la ripisylve — la forêt galerie qui accompagne le cours du gave de Pau sur l’ensemble de son tracé béarnais. Cette transition, en quelques enjambées, de la ville médiévale aux berges sauvages d’une rivière pyrénéenne est saisissante.

La ripisylve du gave de Pau : un écosystème remarquable

La forêt alluviale qui borde le gave de Pau entre Lescar et Pau est l’un des espaces naturels les plus riches du secteur palois. Composée principalement de saules blancs, d’aulnes glutineux, de peupliers noirs et de frênes, cette ripisylve forme un corridor écologique continu qui relie les zones naturelles de l’amont pyrénéen aux plaines du Bas-Béarn.

En hiver, les aulnes couverts de chatons jaunes créent une ambiance de forêt nordique inattendue sous le ciel béarnais. Au printemps, les saules déploient leurs feuilles argentées qui scintillent dans le vent. En été, la canopée dense offre une fraîcheur bienvenue — la température sous les arbres est souvent 5 à 7 degrés inférieure à celle des rues de Pau voisines.

La faune aquatique et semi-aquatique

Le gave de Pau est classé en première catégorie piscicole : ses eaux froides, riches en oxygène, abritent des populations de truites fario et de saumons atlantiques. En amont de Pau, la qualité de l’eau reste bonne et les populations de macro-invertébrés aquatiques — indicateurs biologiques fiables — témoignent d’un état écologique satisfaisant.

Sur les berges et dans les embâcles de bois mort, les martins-pêcheurs nichent dans des galeries creusées dans la terre. Leur vol en flèche bleue et orange au ras de l’eau est l’un des spectacles faunistiques les plus caractéristiques de cette voie verte. Plus discrets, les cincles plongeurs — petits passereaux qui marchent littéralement sous l’eau en chassant les larves d’insectes — peuvent être observés sur les pierres émergées.

Les ragondins, espèce sud-américaine introduite, sont malheureusement omniprésents sur les berges et creusent des galeries qui fragilisent les talus. Les loutres, en revanche, sont rares mais présentes dans ce secteur — signe que l’écosystème fluvial reste fonctionnel.

La section centrale : les îles du gave et les bras morts Notre guide sur les itinéraires de randonnée apporte un éclairage complémentaire sur ce territoire.

Entre Lescar et Pau, le gave de Pau forme plusieurs bras secondaires et îles alluviales. Ces espaces inondables, inaccessibles aux promeneurs mais visibles depuis la voie verte, constituent des refuges naturels d’une valeur écologique exceptionnelle. Hérons cendrés, aigrettes garzettes et grands cormorans s’y perchent en nombre, notamment en automne et en hiver.

Les iris des marais, les roseaux et les grandes laîches qui colonisent ces zones humides créent des tableaux végétaux d’une grande beauté, surtout à contre-jour au soleil couchant. Les photographes naturalistes connaissent bien cet endroit.

L’architecture des berges et les ouvrages d’art

L’ancienne infrastructure ferroviaire a laissé plusieurs ouvrages d’art le long de la voie verte : ponceaux de pierre, murs de soutènement en galets, passages à niveau reconvertis. Ces témoins du passé industriel béarnais s’intègrent aujourd’hui discrètement dans le paysage naturel, colonisés par les mousses et les fougères.

Le plus remarquable est sans doute le viaduc sur lequel la voie enjambe un bras secondaire du gave — une construction en briques et pierre de taille dont les arches harmonieuses reflètent l’esthétique ferroviaire de la fin du XIXe siècle.

L’accès PMR et la pratique familiale

La voie verte Lescar–Pau est conçue pour être universellement accessible. Le revêtement stabilisé compacté — mélange de calcaire broyé et d’argile — offre une surface ferme même après la pluie. La largeur minimale de 3 mètres permet aux fauteuils roulants et aux poussettes de croiser les cyclistes sans difficulté.

Des panneaux d’information pédagogique sont installés aux points d’intérêt naturels et historiques. Des bancs et tables de pique-nique jalonnent le parcours à intervalles réguliers, notamment à mi-chemin au niveau d’une ancienne station de pompage reconvertie en aire de repos.

Équipements et services

  • Sanitaires : aire de repos centrale (km 4) et terminus Pau-gare
  • Eau potable : fontaine à l’aire de repos centrale
  • Stationnement vélos : arceaux sécurisés au départ de Lescar et à l’arrivée à Pau
  • Location vélos : Pau Bikes (gare de Pau) et Décathlon Pau proposent des vélos classiques et à assistance électrique
  • Réparation vélo : borne vélo solidaire à l’aire centrale

La faune du ciel : oiseaux de rivière et de berge

La voie verte est un site ornithologique de premier plan, reconnu par les ornithologues locaux qui y recensent régulièrement plus de 60 espèces au fil de l’année. La promenade s’enrichit considérablement avec une paire de jumelles et un guide d’identification.

En hiver (décembre-février) : bergeronnettes grises, rougequeues noirs, bruants des roseaux. Les bandes de mésanges et de pinsons hivernaux visitent les buissons de la ripisylve.

Au printemps (mars-mai) : les chants de rossignols, de fauvettes à tête noire et de pouillots véloces emplissent la forêt alluviale. Les rousserolles effarvattes s’installent dans les roseaux dès mai.

En été (juin-août) : les martinets noirs, venus d’Afrique, chassent les insectes au ras du gave dans des vols vertigineux. Les éperviers d’Europe traversent le corridor en chasse.

En automne (septembre-novembre) : les migrations actives amènent des espèces rares : bouscarles de Cetti dans les phragmites, bruants rustiques et ortolans dans les lisières.

Hébergements à proximité

La voie verte est idéalement placée pour les visiteurs qui souhaitent combiner une découverte de Pau et des villages environnants.

À Lescar : chambre d’hôtes « Les Galets du Gave » (3 chambres, table d’hôtes sur réservation) — à 500 m du départ de la voie verte.

À Pau : l’agglomération paloise dispose d’une offre hôtelière complète (hôtels de chaîne en centre-ville et en périphérie, Airbnb, résidences de tourisme). L’office du tourisme de Pau propose une liste actualisée des hébergements labellisés vélo.

Gîtes ruraux : plusieurs communes du Miey de Béarn — Poey-de-Lescar, Sauvagnon, Aussevielle — proposent des gîtes à la semaine ou au week-end, idéaux pour un séjour de plusieurs jours combinant voie verte et randonnées dans les villages béarnais.

Conseils pratiques

Meilleure période : toute l’année. En été, la fraîcheur de la ripisylve est un atout majeur. En hiver, les brumes matinales sur le gave créent une atmosphère presque mystique.

Équipement à vélo : casque recommandé, gilet réfléchissant obligatoire au-delà de 18 h en hiver. La voie verte est fréquentée par des familles avec enfants : vitesse modérée conseillée.

Chiens : admis tenus en laisse. Le gave attire les chiens qui ont tendance à s’y baigner — attention aux courants parfois forts en période de crue.

Crues : la voie verte peut être temporairement coupée lors des crues hivernales du gave. Vérifier les informations sur le site du Conseil Départemental avant de partir.

La voie verte dans le contexte du territoire

La voie verte du gave de Pau illustre une tendance forte dans l’aménagement du territoire béarnais : la reconversion des emprises désaffectées (voies ferrées, canaux) en infrastructures de tourisme doux. Elle constitue un axe structurant qui connecte la cité historique de Lescar à la ville de Pau, permettant aux habitants des villages environnants de rejoindre les équipements urbains sans voiture.

Ce corridor de mobilité douce s’intègre dans une réflexion plus large sur l’identité et l’avenir du territoire de l’ancienne Communauté de Communes du Miey de Béarn. Pour comprendre comment ce territoire intercommunal s’est organisé et a évolué, la page histoire du Miey de Béarn propose une synthèse de l’intercommunalité béarnaise.

La voie verte du gave de Pau est gratuite, ouverte toute l’année, de jour comme de nuit (dans les limites de la prudence). Elle incarne une vision du territoire qui réconcilie nature, patrimoine et mobilité durable — une vision que le Béarn, fort de sa tradition d’équilibre entre homme et environnement, cultive depuis plusieurs décennies.

Bonne balade.

Les topoguides des Pyrénées-Atlantiques et les ressources pratiques sur les sentiers balisés sont disponibles sur le site de la Fédération française de randonnée pédestre, fédération de référence pour les randonneurs.