Momas, village des hauteurs béarnaises Les villages du Miey de Béarn forment un tissu de communes aux identités complémentaires.
Momas est un village discret de 400 habitants environ, perché sur une crête à 280 mètres d’altitude, dominant à la fois la plaine du gave de Pau au sud et les collines boisées qui ondulent vers le nord en direction d’Orthez et de Salies-de-Béarn. Cette position dominante, rare dans un département plutôt habitué aux villages de coteau et de fond de vallée, donne à Momas une ambiance et des panoramas qui lui sont propres.
Les bois qui entourent Momas sont l’un des massifs forestiers les plus remarquables du territoire de l’ancienne Communauté de Communes du Miey de Béarn. Chênaies à chênes pédonculés et pubescents, charmaies humides dans les fonds, taillis de noisetiers sur les lisières — ces forêts sont gérées depuis des siècles par les propriétaires locaux selon des pratiques sylvicoles traditionnelles qui ont préservé leur biodiversité.
Infos pratiques
Distance : 11 km (boucle) Dénivelé positif : 290 m Durée : 3 h 30 à 4 h Difficulté : modéré (dénivelé réparti sur l’ensemble du circuit) Point de départ : mairie de Momas (64230) Accès : depuis Pau, D943 vers Lescar, puis D502 direction Momas — 18 km Parking : place de la mairie (gratuit) Balisage : jalons jaunes sur les sections forestières ; aucun sur les chemins de crête (carte recommandée)
Le circuit est déconseillé pendant et juste après de fortes pluies — les chemins forestiers argileux deviennent particulièrement glissants et les passages en sous-bois peuvent être boueux pendant plusieurs jours.
Le bourg de Momas et sa chapelle
Avant de s’engager dans la forêt, le bourg de Momas mérite un tour complet. Ses ruelles étroites, bordées de maisons de galets aux toitures de tuiles rondes, forment l’un des ensembles architecturaux vernaculaires les plus cohérents du Miey de Béarn. Aucune construction récente ne vient briser l’harmonie des façades — Momas est l’un de ces villages béarnais qui ont résisté à la périurbanisation des années 1980-2010.
La chapelle Saint-Michel, érigée au cœur du bourg, est une construction du XVIIe siècle remaniée au XIXe. Sa façade sobre, en galets assemblés avec soin, présente un portail en plein cintre typique de la tradition romane béarnaise tardive. L’intérieur conserve un retable en bois polychrome du XVIIIe siècle et plusieurs ex-votos peints sur bois ou sur zinc, témoins de la ferveur populaire des siècles passés.
Le panorama depuis le village
Depuis la place centrale de Momas, le panorama est saisissant par temps clair. Vers le sud, la plaine du gave de Pau s’étend jusqu’aux premières collines viticoles du Jurançon. À l’arrière-plan, la chaîne des Pyrénées se découpe sur l’horizon, du pic d’Ossau à l’est jusqu’aux reliefs basques à l’ouest. En hiver, quand les feuilles sont tombées, la vue depuis les rues hautes du village est presque comparable à celle d’un belvédère aménagé.
L’entrée en forêt : les premiers chênes centenaires
Le circuit quitte le bourg par un chemin creux qui descend vers le nord-est en direction du massif forestier. Après 300 mètres de piste agricole, on pénètre sous le couvert des premiers grands chênes. La transition est immédiate et saisissante : le bruit du vent disparaît, remplacé par le craquement des branches et le bruissement des feuilles mortes sous les pas.
Les chênes pédonculés qui dominent cette forêt sont pour certains âgés de 200 à 300 ans. Leurs troncs, d’un à deux mètres de diamètre à la base, portent les traces du temps — gerçures de l’écorce, trous de pics, épiphytes de mousses et de lichens. Ces arbres vétérans sont les piliers de l’écosystème : ils abritent des dizaines d’espèces de coléoptères saproxyliques, dont plusieurs sont protégées au niveau européen.
La lumière en forêt selon les saisons
En février, la forêt de Momas offre une luminosité particulière : sans les feuilles de l’été, la lumière pénètre profondément sous les frondaisons et révèle la structure architecturale des arbres. Les arbres dépouillés forment des cathédrales végétales que le soleil de basse altitude illumine de reflets dorés sur l’écorce. La mousse, d’un vert intense après les pluies hivernales, tapisse les rochers et les souches avec une douceur veloutée.
La faune forestière : rencontres garanties La cité épiscopale de Lescar constitue le centre historique de référence pour ce territoire.
La forêt de Momas est un haut lieu faunistique du territoire béarnais. Sa superficie et son caractère peu perturbé en font un refuge pour de nombreuses espèces qui ont disparu des forêts trop fragmentées ou trop fréquentées.
Les chevreuils des chênaies
Le chevreuil (Capreolus capreolus) est le mammifère le plus fréquemment observé dans les forêts du Miey de Béarn. Discret mais curieux, il se déplace en groupe de 2 à 5 individus dans les clairières et les lisières à la faveur du matin et du soir. Le mâle, reconnaissable à ses petits bois recouverts de velours en hiver, affiche une taille modeste — 70 cm au garrot — mais une élégance naturelle remarquable.
En février, les chevreuils sont particulièrement visibles car ils se concentrent dans les zones où la végétation herbacée repousse en premier. Les traces de passages — empreintes en forme de cœur dans la terre molle, frottis de velours sur les jeunes arbres, laissées rondes et noires dans les feuilles mortes — permettent d’estimer la densité de la population locale.
Les pics de la forêt
La forêt de Momas est un paradis pour les pics, ces oiseaux dont le comportement forestier est intimement lié à la présence de vieux arbres et de bois mort. Quatre espèces peuvent être observées sur ce circuit :
Pic épeiche (Dendrocopos major) : le plus commun, identifiable à son tambourinage caractéristique sur les bois secs. Le mâle porte une tache rouge vif à la nuque. On le voit souvent s’attaquer aux vieilles écorces à la recherche de larves de xylophages.
Pic vert (Picus viridis) : grand pic au dos vert et à la calotte rouge, il cherche sa nourriture préférée — les fourmis — dans les souches et les vieux troncs pourris au sol. Son cri riant, semblable à un éclat de rire humain, s’entend de loin.
Pic noir (Dryocopus martius) : le géant des pics européens, de la taille d’une corneille, noir comme du charbon avec une calotte rouge sang. Il creuse de grandes loges ovales dans les gros hêtres et chênes — loges qui serviront ensuite à d’autres espèces (choucas, harles bièvres, chouettes).
Pic mar (Leiopicus medius) : espèce des vieilles chênaies, plus rare, protégée en France. Présent dans les zones les plus sauvages du massif.
Le cœur de la forêt : les vieux troncs et le bois mort
La section centrale du circuit traverse la partie la plus sauvage de la forêt de Momas — un secteur où la sylviculture a été abandonnée depuis plusieurs décennies et où la dynamique naturelle de vieillissement s’exprime pleinement.
Les arbres morts debout — les « arbres à cavités » dans le langage des écologues — sont ici légion. Ces chandelles boisées abritent des communautés d’insectes saproxyliques d’une richesse exceptionnelle : capricornes, buprestes, lucanes cerfs-volants (dont la larve se développe sur 5 à 7 ans dans le bois pourri), staphylins forestiers. Cette diversité d’invertébrés est elle-même la base alimentaire d’une chaîne trophique qui inclut les pics, les chauves-souris et certains rapaces.
Les champignons forestiers en toutes saisons
Les amateurs de mycologie trouveront dans les chênaies de Momas un terrain d’exploration exceptionnel. Si l’automne est la grande saison des cèpes et des chanterelles, d’autres espèces apparaissent dès février : la truffe de Bourgogne (Tuber uncinatum) sous les chênes, les morilles (Morchella spp.) dans les clairières, les hygrophores de mars dans les zones humides.
En automne, cèpes de Bordeaux, pieds de mouton, lactaires délicieux sous les pins des zones de transition — mais aussi les champignons lignivores caractéristiques des vieux chênes : polypores en éventail, pleurotes en feuille d’huître, oreilles de Judas sur les branches d’aulne.
La crête de retour : la vue sur le gave
Après le cœur forestier, le circuit monte vers la crête nord du massif avant de reprendre la direction du village. Cette portion de crête, partiellement déboisée, offre les plus belles vues du circuit sur la plaine et le gave.
En contrebas, la rivière se distingue par sa galerie alluviale — le ruban vert continu des saules et des aulnes qui accompagne le cours d’eau pyrénéen. Au-delà, les prairies de la plaine donnent sur les premiers coteaux viticoles du Jurançon. La vue est différente de celle du village — plus proche, plus intime, centrée sur le réseau hydraulique.
La descente finale, sur un sentier bien tracé à travers des taillis de châtaigniers et de noisetiers, ramène progressivement vers la périphérie du bourg. On retrouve les premières maisons de galets, les jardins potagers, le fronton — le village avec toutes ses composantes humaines après l’immersion dans la nature sauvage.
Conseils pour la randonnée
Bottes ou chaussures étanches : indispensables de novembre à mars. Les chemins forestiers peuvent être boueux pendant plusieurs jours après les pluies.
Cartes : IGN 1:25 000, feuille 1445 OT (Pau-Nay). Le balisage forestier n’est pas exhaustif.
Faune : la faune forestière est plus active tôt le matin et en soirée. Une sortie à 8 h augmente considérablement les chances d’observer chevreuils et pics.
Respect du milieu : ne pas ramasser les champignons en dehors des chemins balisés, ne pas approcher les arbres creux qui abritent des cavités de nidification.
La sylviculture traditionnelle du Béarn
La gestion des forêts de chênes dans le Béarn occidental obéit depuis des siècles à des pratiques sylvicoles qui ont contribué à maintenir la biodiversité des boisements. Le taillis sous futaie — technique qui associe des grands arbres laissés à maturité (la « futaie ») à des souches régulièrement recoupées (le « taillis ») — est le mode de gestion traditionnel des chênaies béarnaises.
Cette technique produit du bois de chauffage tous les 15 à 20 ans à partir des rejets de souches, et du bois d’œuvre tous les 80 à 120 ans à partir des arbres de futaie. Elle maintient une diversité d’habitats — vieux arbres, rejets jeunes, lisières, clairières — qui favorise la biodiversité bien davantage que les plantations monospécifiques.
La forêt de Momas et le gibier
La chasse est une activité socialement importante dans les forêts du Béarn. La société de chasse de Momas gère le territoire de façon à maintenir des populations de grand gibier — chevreuil, sanglier — en équilibre avec la capacité d’accueil de la forêt. Les plans de chasse, établis annuellement sous le contrôle de l’Office National des Forêts, régulent les prélèvements.
La période de chasse (septembre-février selon les espèces) doit être prise en compte par les randonneurs : durant les jours de battue au sanglier — généralement les mercredis et weekends d’automne — il est conseillé de porter des vêtements colorés et de se renseigner auprès de la mairie sur les journées de chasse prévues.
Momas et l’identité du Béarn rural
Le village de Momas illustre l’une des tensions caractéristiques du Béarn rural contemporain : entre la pression de la périurbanisation paloise qui avance vers l’ouest et le refus d’une partie des habitants de voir leur village se transformer en cité-dortoir. Cette résistance prend des formes concrètes : refus de certification dans les PLU de zones à urbaniser importantes, maintien des espaces agricoles en usage effectif, soutien aux exploitations agricoles locales.
Cette volonté de préserver l’identité rurale est l’une des caractéristiques que partageaient les douze communes de l’ancienne Communauté de Communes du Miey de Béarn. Pour comprendre l’histoire de cette intercommunalité et les enjeux de son territoire, la page histoire du Miey de Béarn propose une synthèse complète.
Cette forêt de Momas, rarement mentionnée dans les guides touristiques généraux, est l’un des joyaux naturels du territoire. Elle invite à une randonnée méditative, loin des foules des sentiers pyrénéens des vallées adjacentes — une immersion dans la nature béarnaise dans ce qu’elle a de plus authentique et de moins spectaculaire au premier abord, mais de plus riche en observations patientes.
Pour découvrir les autres facettes du patrimoine naturel et rural du territoire, la page randonnées du Miey de Béarn recense l’ensemble des circuits disponibles dans les douze communes.
Les topoguides des Pyrénées-Atlantiques et les ressources pratiques sur les sentiers balisés sont disponibles sur le site de la Fédération française de randonnée pédestre, fédération de référence pour les randonneurs.